3/08/2016

LA LÉGENDE DU GRAAL




Conférence faite par C. CHEVILLON en 1938)
Constant Chevillon (1880 – 1944) Grand Maître de l’Ordre Maçonnique de Memphis-Misraïm, assassiné par les allemands le 25 mars 1944)
Transmis par M. Cyvard via crptrad-martinisme (http://affinitiz.net/space/crptrad-martinisme)


Tout le monde le sait, le Graal est ce vase d'émeraude dans lequel, au soir de la Passion, Joseph d'Arimathie recueillit quelques gouttes de sang du Christ avant de le coucher sur la pierre impolluée de son tombeau. Un vase précieux, une parcelle infinitésimale du sang de Dieu, tel est le socle, à la fois, poétique et métaphysique, sur lequel repose la légende sacrée du Moyen-âge. Je dis bien du Moyen-âge, car les Saintes écritures n'en soufflent mot. Les évangiles sont muets, même celui de Jean, le disciple aimé du Christ, même, les actes des apôtres et les Pères des premiers siècles de l'ère chrétienne, pourtant si empressés à réunir autour du drame du calvaire un faisceau de preuves tangibles. De ce fait, du reste troublant, pouvons-nous nier catégoriquement l'existence du Graal ? Non, sans doute ! Mais pouvons-nous conclure affirmativement comme le firent certains historiographes médiévaux ? Encore moins ! Nous sommes donc en face de cette sublime légende, dans un sentiment d'imprécision qui ajoute au charme religieux, d'ailleurs si prenant, la mystérieuse auréole tissée par l'imagination créatrice.

Comment naquit la légende ? Il est difficile de le déterminer. Elle fut, sans aucun doute, transmise de bouche à oreille en certains cercles ésotériques présumés détenteurs de la doctrine secrète du Christ, à une époque où le Christianisme avait déjà pénétré les couches profondes de la civilisation méditerranéenne. Ses propagateurs avaient-ils, entre les mains, le vase sacré, l'avaient-ils contemplé, ou parlaient-ils par ouï-dire ? Nul ne le sait, car à l'origine des légendes il y a toujours, à défaut d'un fait précis, un poète à l'imagination mystique et ardente, ou un philosophe à la pensée profonde. Une seule chose peut être affirmée avec un maximum de certitude : Si le Graal n'eut jamais une réalité tangible, sa légende fut conçue et transmise par les adeptes des doctrines Gnostiques dont l'école Alexandrine fut, à un moment donné, l'inépuisable réservoir. Pour bien comprendre le sens de cette légende, la créance qu'elle a connue et les miracles de foi, d'espérance et d'amour qu'elle a suscités, il importe, en effet, de se reporter à son berceau originel. Il faut savoir aussi que l'enseignement de Jésus, en dehors de sa forme sublime, n'apporte pas dans l'humanité une révolution religieuse proprement dite. Il n'y a point d'innovations dans les évangiles, il y a seulement une restitution complète et divine des antiques traditions ancestrales, une nouvelle révélation. Les lambeaux dispersés et parfois méconnaissables de l'antique révélation animaient encore les religions diverses répandues dans le monde civilisé. Le polythéisme de la Grèce et de Rome, le dualisme du premier Zoroastre, le monothéisme plus ou moins polymorphe de l'Egypte, de l'Inde et des peuples Celtes conservaient des parcelles prodigieuses de la vérité tombée dans le domaine de la dispersion. Le Christ parut dans le -- 105 -- milieu où la lettre des dogmes avait conservé sa plus grande pureté. Transgressant la lettre, il s'appuya sur l'esprit et sa doctrine, ainsi, devint universelle, parce qu'elle regroupait dans son sein l'ensemble des vérités dont les hommes se partageaient la connaissance sans pouvoir en réaliser la synthèse.

Mais les dogmes ne se suffisent pas à eux-mêmes ; pour les transporter du domaine spéculatif dans le champ de l'activité humaine, il leur faut un support plus ou moins tangible. Ils s'apparentent, en quelque sorte, à un théorème dont l'incidence scientifique apparaît seulement après son expérimentation réitérée dans le monde des relations concrètes. Sur le terrain religieux le support des vérités dogmatiques, c'est le Rite, ou le culte, expression sociale des idées transcendantes. Ici, nous touchons, sans contestation possible, au mystère du Graal, à l'essence même de la légende dont la base est purement culturelle.

Cette base, c'est le dogme et le Rite du sacrifice dont la coupe est un instrument, le sang la matière: La coupe ! Celle des offrandes et celle des libations. Le sang ! Véhicule de la vie, répandu, recueilli et consommé pour régénérer la vie. Le sang des tauroboles mithriaques, purificateur, rénovateur, symbole de la lumière et de l'énergie, milieu où naît l'activité avec, pour conséquence, l'amour. Or, si le Christ a restitué l'universelle Gnose, il fallait aux hommes le support des symboles millénaires adaptés à la doctrine et c'est pourquoi ils les ont ressuscités.

Experts dans la science de leur époque, les docteurs. Gnostiques n'eurent donc aucune peine à réunir les éléments de la légende, à en reconstituer la forme, à en interpréter le symbolisme. Telle doit être, si la réalité fut inexistante, l'origine du Graal ; c'est une transformation des rites antiques, venus jusqu'à nous des tréfonds de l'histoire. Les docteurs Gnostiques ont, du reste, bien d'autres choses à leur actif. Seuls, parmi les chrétiens de la primitive Eglise, ils étaient capables de réaliser un syncrétisme logique sur les variations religieuses humaines ; aussi, c'est à eux qu'il faut attribuer les rudiments de la première philosophie chrétienne et de la première théologie comme tout le cérémonial sacramentel longtemps représenté par l'unique rite de la coupe et de la fraction du pain. C'est pourquoi ce rite de la coupe, pratiqué depuis toujours et utilisé par Jésus pour une fin nouvelle et sublimée, nous le retrouvons au sein des cénacles secrets de la Gnose, sous la forme d'une foi ardente au divin Graal. Et cette foi, malgré l'antiquité de son objet matériel, ne perdit rien alors, par sa métamorphose, de la spontanéité de sa rénovation. Aucun peuple, en effet, n'avait osé jusqu'alors conserver la trace du sang de son Dieu rédempteur en une coupe cachée aux yeux des profanes dans la cella du Temple consacré à son culte, aucune légende de cette sorte, en effet, ne nous est parvenue, ni sur Osiris, ni sur Adonis, ou Dyonisios Zagreus.

Ainsi formée, la légende du Graal devait trouver son plein épanouissement dans le climat mystique de la période médiévale. La foi profonde des masses, leur imagination collective exacerbée, puis déçue, par la Parousie de l'an Mil, infidèle au rendez-vous fixé par les croyances populaires, essayaient de se raccrocher à toutes les branches -- 106 -- du mystère. Or, le Graal, avec son divin contenu, était une forme de cette Parousie si redoutée et si attendue, il paraphrasait avec une éloquence chargée de promesses la parole du fils de l'homme : « Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles ». En France surtout, cette terre des troubadours et des trouvères, la légende s'accrédita dans les coeurs et les intelligences et les chevaliers de la Table ronde s'éclipsèrent progressivement devant les chevaliers du Graal ou se confondirent avec eux. 

Mais comment la légende, de son lieu d'origine, vient-elle s'implanter dans la lointaine Occitanie ? A la manière, sans doute, des Saintes Maries de la Mer venues des rives de la Palestine sur les côtes de Provence ; car, c'est dans la vallée du Rhône et les pays de langue d'Oc, qu'elle poussa ses racines les plus vivaces et les plus profondes. Aujourd'hui encore on l'y retrouve estompée et imprécise mais toujours frémissante de son parfum d'amour. Mais, hâtons-nous de le dire, elle ne vint pas chez nous par la mer, comme la pécheresse sanctifiée de Magdala. Elle s'achemina plus lentement par la voie continentale. Traversant le Bosphore et les mers homériques, elle s'installa d'abord au pays d'Orphée comme pour y faire oublier le cri des ménades, et les accents de la lyre inspirée du poète. Elle s'infiltra vers les côtes de Dalmatie et c'est peut-être la voie de la légende chrétienne qui annonça aux échos de l'Epire et de la mer Adriatique : « Pan, le grand Pan est mort ! » car Jésus était venu remplacer les dieux antiques sur leurs propres autels. Quelle figure, en effet, aurait pu faire le grand Pan, le Dieu païen de l'Universelle nature en présence de Celui qui prononça dans la plaine de Galilée, cette parole jamais entendue : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » ? De la côte Dalmate, elle gagna l'Italie du Nord, où l'on conserve encore la coupe qui, dit-on, servit au Christ pour consommer la Cène, et par les cols des Alpes elle gagna la Gaule, Lyon, la ville mystique, où elle retrouva la trace des disciples de Marcion, suivit la vallée du Rhône pour arriver au pays de Guilhabert et d'Esclarmonde recevoir son apothéose à Montségur dans le sang des derniers cathares. Nulle part, en effet, sinon dans la terre d'Oc, le culte du Graal ne fut mieux caractérisé et plus ardent. Du reste, si nous nous en rapportons aux faibles lueurs que la mémoire des foules nous a transmises, comme à regret, par le truchement des poètes, l'antique domaine des Comtes de Toulouse et de Foix, apparaît à nos yeux, non seulement comme le lieu où la légende a pris sa forme définitive et parfaite, mais comme le centre radiant d'où elle s'est envolée pour conquérir les âmes et les coeurs, des rives de l'Atlantique jusqu'aux confins de la Germanie. Et c'est logique, car pour arriver en sa terre d'élection elle a cheminé dans le silence, acceptée seulement par des cercles discrets et fermés dont la suspecte orthodoxie, étroitement surveillée par des pasteurs rigides, ne permettait aucune promulgation retentissante. Il fallait un peuple libre, enthousiaste et cultivé pour magnifier la légende et lui donner des ailes, un peuple fort pour lui communiquer sa sève et la nourrir de sa substance, la revêtir d'un maximum de crédibilité ! La race des Albigeois, aux moeurs pures et sévères, à l'âme ardente, à l'intelligence déliée, seule était capable de réaliser le miracle de la divulgation du Graal. Ce miracle, du reste, pour -- 107 -- eux, n'en fut pas un, car à leurs yeux le vase divin était une réalité, sinon tangible, du moins basée sur les preuves irréfutables. La tradition, en effet, nous confirme que les chefs de la grande Eglise Cathare, prétendaient avoir reçu le Graal comme un dépôt sacré, de la main même de l'Apôtre inconnu, arrivé de l'Orient, pour leur apporter la très sainte Gnose.

Nous entrons ici, par l'intermédiaire du Graal, dans le problème obscur et controversé de la filiation albigeoise. Les documents authentiques nous manquent pour établir l'origine et la teneur de leurs croyances de manière irréfutable. Pour obtenir une lumière tamisée et incertaine, il faut nous reporter aux procès-verbaux de la Sainte Inquisition, dont la partialité ne peut pas faire de doute. Selon les inquisiteurs qui avaient déclenché la croisade de Simon de Montfort, l'existence de certains dogmes était directement menacée par l'enseignement de Guihabert et de ses disciples, il fallait donc trouver, coûte que coûte, une hérésie condamnable en chacune des croyances et des pratiques albigeoises. Toute la procédure était donc faite pour justifier les bûchers et les massacres et la vérité fut ainsi déformée par les juges orthodoxes. Aussi, inspirés par les écrits inquisitoriaux d'une bonne foi relative, les auteurs exposent des opinions divergentes et bien souvent réticentes. Pour les uns, les Albigeois étaient partisans des doctrines manichéennes et ils leur imposent un dualisme auquel ils n'ont peut-être jamais pensé, du moins sous la forme rigide originelle. Pour d'autres, ils sont les successeurs des Pauliciens et des Bogomiles suspects, également, de manichéisme. D'autres encore prétendent que leurs croyances étaient purement bouddhiques. La vérité exacte est difficile à déterminer, car l'Albigéisme nous apparaît, à nous-mêmes, comme un syncrétisme des doctrines du proche Orient et de l'école d'Alexandrie, conjuguées avec un peu d'Orphisme, de Pythagorisme et une dose assez nettement déterminable de philosophie druidique. En un mot, les Albigeois étaient des Gnostiques, des chrétiens dont la foi éclectique ne rejetait, à priori, aucune des croyances antérieures à Jésus, mais les incorporaient, au contraire, dans le dogme comme un moyen d'ascèse et de perfection. Certes, ils admettaient, incontestablement, le dualisme du cosmos, la lutte du Bien et du mal, mais le principe du mal n'était pas, pour eux, une entité inéluctable et divine dressée en face du bien, c'était une conséquence de la chute Nominale concrétisée en un démiurgo, dont l'action efficace sur le plan matériel, devait être combattue sur le plan intellectuel et spirituel pour arriver à une résorption progressive et, par conséquent, à une restitution de la pureté primitive et au salut universel. C'est pourquoi les Albigeois s'appelaient eux-mêmes les Cathares, les purs, par opposition aux hommes restés dans l'obscurité matérielle, sous l'emprise des instincts et des passions, prolongement de l'action démiurgique dans le monde sensible. Et cette digression, dont le développement semble nous avoir éloigné du divin Graal, nous y ramène au contraire, car le vase sacré, vestige tangible de la rédemption humaine, était le symbole et le témoin de l'acte posé par Dieu lui-même, pour amortir les effets de la catabole originelle et amorcer la lutte victorieuse du bien contre le mal. 

Revenons donc au Graal et voyons ce qu'est devenue la légende. Le -- 108 -- dernier acte de la croisade déclenchée par l'inquisition s'est déroulé au château, de Montségur, non loin de Foix, l'une des capitales, avec Toulouse et Albi, du catharisme persécuté. Lorsque les chevaliers, échappés au massacre des hommes du Nord, se réfugièrent dans la forteresse, ils avaient avec eux, dit-on, tous leurs trésors les plus précieux et par conséquent, s'il existait réellement, le divin Graal. Il courait donc le risque, lors de la reddition inévitable, de tomber entre les mains des iconoclastes, prompts à mépriser le legs du passé ou entre celles des sceptiques inquisiteurs, profanateurs éventuels. Or, le vase ne fut pas retrouvé dans le sac de la citadelle. Aussi, l'histoire aidée, peut-être, par l'imagination populaire, aucun contrôle, en effet, n'est possible, l'histoire nous dit ceci : Lorsque la résistance s'avéra inutile, quelques chevaliers, audacieux, se laissèrent glisser sur les pentes abruptes de la montagne et parvinrent à mettre en sûreté, dans les forêts et les cavernes pyrénéennes, à l'ombre desquelles le culte albigeois se poursuivit plusieurs siècles encore après l'ultime autodafé, le signe visible du salut. Malheureusement, on ne retrouva jamais la trace des fugitifs et on ignorera probablement toujours l'inaccessible refuge où ils cachèrent la sainte relique. Ainsi le Graal venu, sous le manteau du mystère, échouer en la terre d'Oc, disparut non moins mystérieusement. Comme il n'existe aucune pièce authentique de l'histoire susceptible de nous permettre une affirmation à son égard, il ne nous reste rien, sinon la merveilleuse légende, pour asseoir notre foi et justifier nos élans spirituels. Je me garderai bien de jeter sur ces élans la froide douche du scepticisme, ou de la négation, comme je me garderai de toute allégation dont la véracité ne peut s'établir irrésistiblement. Je vous laisse donc le soin de fixer vous-même votre croyance et de résoudre le problème selon vos vues du moment et surtout selon les tendances de votre sensibilité personnelle. La légende a inspiré des poètes et des musiciens, des chefs-d'oeuvre sont nés à son contact. Semblable résultat n'est pas le fait d'un hasard impromptu et d'un désir purement humain. Il y a là, à côté du besoin de merveilleux et de surnaturel, dont notre imagination est pétrie, un retour de notre raison qui réclame, dans l'espace et le temps, un support réel et tangible pour appuyer ses envolées. Notre raison ressemble à l'apôtre Didyme, elle a besoin de toucher pour s'affermir dans la certitude, elle s'accroche bien souvent aux fantaisies de l'imagination et en proclame la réalité pour échapper aux arguments qu'elle distille d'un autre côté sur les bases expérimentales.

Toute la puissance, toute la beauté et toute la véracité données à la légende par la foule, par les artistes, les poètes et les philosophes ésotéristes, reposent sur cette dernière observation. Nous pouvons donc en faire notre profit et, nous penchant sur elle, ébaucher une brève série de réflexions qui nous conduira vers les confins de la mystique, c'est-à-dire jusque dans le tréfonds de notre être intérieur où se trouve le véritable temple de Dieu. Dans cette lumière intérieure, et seule véritable, toute autre lumière, même scientifique, étant un reflet déformé, le Graal nous apparaîtra .dans sa splendeur sublime. Il remplira notre âme de sa présence irréelle et sera pour chacun de nous un symbole probant et palpable de la rédemption, comme la croix, comme la couronne d'épines, comme le tombeau où fût enfermé le corps exsangue du Christ, à la veille du dernier Sabbat de la loi mosaïque qui devait être l'aurore de la loi d'amour. La croix, la couronne douloureuse, le tombeau dans le rocher nous rappellent le sacrifice surhumain du fils de Dieu, mais le Graal nous apporte avec la dernière goutte de sang de ses artères, un peu de son coeur et toute la charité du monde.

Le Graal synthétise, sous la forme adoptée par l'universalité religieuse, toute la foi, toute l'espérance et tout l'amour des âmes. Et le Graal invisible et réel, le Graal vivant, que nous sommes seuls à pouvoir contempler dans le silence de notre coeur, est peut-être plus beau, plus émouvant dans son mystère insondable que le Graal d'émeraude de Joseph d'Arimathie, apporté au Cathares par un apôtre inconnu. Mais ce. Graal énigmatique, il faut le chercher avant de le découvrir, le chercher jusqu'à la lassitude dans les couches profondes de l'âme et dans les replis du coeur, car chaque chrétien est un Graal, si son coeur est pur et droite sa volonté, il est le vase d'élection où le sang du Christ répandu sur la croix du Calvaire dépose le principe de sa vie propre et le feu de son éternelle pensée.

3/05/2016

Un travail de Bénédictin




Il convient de signaler, saluer et remercier les responsables du site de la revue l’Initiation, mais avec eux ne pas oublier les dévoués collaborateurs  discrets et comme souventes fois en ces domaines, il demeureront anonymes, car c’est le fruit de leur labeur qui permet cette offrande.

Je découvre ce soir,  sur le site de la revue : http://www.linitiation.eu/  
 deux signalements importants : 

Vous pouvez télécharger gratuitement 145 des anciens numéros de la nouvelle série de 1953 à 2012 disponibles au format pdf : Télécharger les anciens numéros de la nouvelle série

Vous pouvez télécharger gratuitement 244 des anciens numéros de l'ancienne série de 1888 à 1912 disponibles au format pdf : Télécharger les anciens numéros de l'ancienne série

Et,  de façon à permettre au chercheur sinon au curieux un accès articles, il est offert en prime si j’ose dire les sommaires pour les deux séries :  Vous pouvez télécharger les sommaires interactifs des anciens numéros de 1888 à 2015 au format pdf, ils vous permettent d'accéder directement à l'année de votre choix d'un simple clic : Télécharger les sommaires interactifs de 1888 à 2015

N’oublions pas aussi le beau et permanent travail de notre ami Mariette Cyvard qui offrait il y a déjà quelques années bien des numéros de l’ancienne série  dans le cadre des groupes qu’il anime sur internet : travail de collaboration je ne sais, qu’il soit lui aussi remercié.

Face à cette découverte dont le silence gardé pourrait résulter d’une forme d’humilité, - certes tous les numéros des séries ne sont pas encore livrés mais c’est déjà une corbeille immense d’articles – il convenait que cette information  soit toutefois donnée.

Jean-Pierre BONNEROT

2/01/2016

changement d'adresse du site de l'Ordre de Lyon



ORDRE DE LYON    INFORMATION

Pour l’instant encore accessible à l’adresse www.ordre-de-lyon.com, le site Ordre de Lyon change d'adresse. Il sera désormais accessible à : www.ordre-de-lyon.eu

JPB

1/06/2016

Les Rois Mages représentent devant l’Incarnation, notre pauvreté




« L'adoration des Mages signifie l'abdication des ésotérismes devant l'incarnation de la Vérité » 
J. PELADAN : L’Occultisme contemporain                

Matthieu rend compte de la présence de Mages venus d’Orient adorer le Sauveur, ces hommes dépositaires des sciences de leur temps n’ignorent point qu’il s’agit de Jésus, Vrai Homme et Vrai Dieu.

Péladan n’a pas manqué de rappeler: « L'adoration des Mages signifie l'abdication des ésotérismes devant l'incarnation de la Vérité » (1). Les Mages déposent  l’or, l’encens la myrrhe  aux pieds du Christ Jésus, et  Irénée de Lyon en donne pour sens :  «  la myrrhe signifiait que c'était lui qui, pour notre race humaine mortelle, mourrait et serait enseveli; l'or, qu'il était le Roi dont le règne n'aurait pas de fin Luc 1,33; l'encens, enfin, qu'il était le Dieu qui venait de se faire connaître en Judée Ps 76,2, et de se manifester à ceux quine le cherchaient point Is 65,1; Rm 10,20 (Irénée, Contre les Hérésies Liv.3 ch.9,2. »(2).

Les Mages se détournent de leur ancienne croyance, par ce qu’ils reconnaissent en Jésus l’enfant divin, ils Lui offrent, conformément aux pratiques rituelles de l’ancienne Egypte, l’or qui est la représentation de la chair imputrescible du corps d’éternité des dieux, symbole de la vie éternelle ; la myrrhe,  substance servant tout à la fois de base pour l’embaumement, symbole de la victoire sur la mort, qui servait  aussi à oindre les statues divines ; l’encens permettant, d’apaiser les dieux mais aussi d’entrer en communication avec le divin, symbole de la transcendance. Rejetant alors toutes leurs anciennes croyances, les Mages s’en retournent par un autre chemin et  le sens de  cet autre chemin n’est-il pas  celui de Notre Seigneur disant : «  Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » (Jn XIV, 6). Maxime de Turin, en son Homélie sur l’Epiphanie expose que les Mages «  ne vivant plus dans la même religion, ils abordèrent un autre chemin de retour et une autre manière de vivre. Car, avant de voir le Christ, l’étoile avait conduit les mages comme des homes religieux venant pour un hommage ; mais une fois qu’ils eurent vu le Seigneur et cru en Lui, la foi les ramena à leur patrie comme des adeptes du Christ. » (3).

Grégoire le Grand en sa 10° Homélie prononcée le 6 janvier 591, souligne l’importance de cet autre chemin : « 7. Les mages nous donnent encore une leçon très importante en revenant dans leur pays par un autre chemin. En effet, ce qu’ils font sur l’avertissement qu’ils ont reçu nous indique ce que nous devons faire. Notre pays, c’est le paradis, et une fois que nous connaissons Jésus, il nous est interdit d’y retourner par le chemin que nous avons suivi en venant. Car nous nous sommes éloignés de notre pays par l’orgueil, la désobéissance, la poursuite des biens visibles et l’avidité à goûter les nourritures défendues. Mais pour y revenir, il faut les larmes, l’obéissance, le mépris des biens visibles et la maîtrise des appétits de la chair. C’est donc bien par un autre chemin que nous retournons dans notre pays, puisque nous étant éloignés des joies du paradis par les plaisirs, nous y sommes ramenés par les lamentations. » (4)

Grégoire le Grand introduit ce rapport symbolique entre cette autre route prise par les Mages qui se sont dépouillés en offrant tous leurs trésors au Vrai Dieu et Vrai Homme et notre devoir de retrouver le chemin du ciel. : Les Mages abdiquent leurs anciennes croyances en reconnaissant l’Incarnation de Dieu, par la Nouvelle Alliance, il nous revient, à l’instar de ces témoins, de revenir à Dieu.

Le do ut des : « je donne afin que tu donnes » des anciennes croyances est remplacé par le don total, absolu qui est l’acte d’Amour entraînant
La pauvreté conçue comme un engagement – le refus du monde matériel pour le paradis – ce qui n’était pas dans les croyances de l’Egypte ancienne où seul le prêtre initié, le pharaon, étaient les seuls garants de l’ordre universel. Avec l’offrande des Mages à l’enfant Jésus, tout homme devient acteur œuvrant pour le rétablissement du monde d’avant la Chute.

Les trois tentatives de tentation de Jésus au Désert  exorcisent nos chutes successives par le refus du Fils de l’Homme à succomber  en une actualisation alors éternelle, à ces dernières : ce sera la première défaite de Satan.
-         A la manducation de l’Arbre comme expression de la vie humaine voulant être indépendante de  la vie Divine, le Christ répond : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.” ( Mt. IV,4)
-         A l’idée de l’homme pensant pouvoir soumettre la Grâce selon ses désirs, accéder au ciel par la futilité d’une tour, expression d’une voie d’orgueil, le Christ répond : « Tu ne tenteras point le Seigneur, ton Dieu.” (Mt. IV, 7)
-         Au constat que la Chute de l’homme entraîna le monde sinon une grande partie de la Création à être provisoirement sous la dépendance de Satan, expression de  l’illusion  Faustienne, le Christ répond : “Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul.”  (Mt. IV, 10)

Si la pauvreté matérielle ne permet pas la présence de l’orgueil, la désobéissance, la poursuite des biens visibles et l’avidité à goûter les nourritures défendues, comment répondre à cette interrogation formulée dans la mystique juive : «  Or, comme les péchés sont plus graves chez les riches à cause de leur orgueil qui fait défaut aux pauvres, où est  [9a] la justice de Dieu qui fait mourir de faim les pauvres et laisse vivre  les riches, afin qu’ils continuent à pécher ? » (5)

A la question posée par le Zohar, le Judaïsme répond par la Tsédaka qui est le Devoir de Charité, le Christianisme par la Communion des Saints vivifiée par la Charité.

Comment acquérir le ciel qu’évoque Grégoire le Grand ? A cette question posée par l’homme courant après le Christ pour obtenir une réponse,  “Jésus, l'ayant regardé, l'aima, et lui dit: Il te manque une chose; va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis moi. Mais, affligé de cette parole, cet homme s'en alla tout triste; car il avait de grands biens.” (Mc, X, 21,22)

Il conviendrait de parvenir à cette pauvreté, qui n’est pas obligatoirement matérielle, mais peut relever de l’ordre spirituel : “ Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!” ( Mt. V,3)

Clément d’Alexandrie introduira dans l’Eglise ancienne, la problématique de la richesse et de la pauvreté par son homélie Quel riche peut être sauvé (6),  la fortune n'est pas un obstacle au salut si l'on voit dans son possesseur un simple usufruitier (7). De plus, si l'on en fait un sage emploi, elle est un bien pour le pauvre et même pour le riche. Cette Homélie est importante, Eusèbe l’évoque en ces termes : « Quant à Clément, il indique également ce temps et il ajoute un récit très nécessaire à ceux qui aiment entendre des choses belles et profitables, dans son ouvrage intitulé : Quel riche est sauvé Prenez cette histoire et lisez-la donc telle qu'il l'a écrite » (8)

Quelle est cette pauvreté que manifestent les Mages repartant sans aucun bien terrestre, cette pauvreté liée à une richesse devenue partage, don envers le prochain, mais non abandon de ce qui fut reçu (Mt. XXV , 14-31), richesse et pauvreté s’entrecroisent telle la Lumière et la Ténèbre, le jeune homme riche n’avait pas répondu à l’appel de Son Maître, ce que firent les Apôtres tels Pierre et André qui, parce qu’il étaient bien moins riches matériellement, Le suivirent.

Jean-Pierre BONNEROT

Article paru dans la revue »VIRGO FIDELIS » N° 211, Décembre 2006 consacré à la pauvreté.


1       J. PELADAN : L'occultisme  contemporain, nlle .Ed, in : Œuvres choisies, Les Formes du Secret Ed, 1979, page 69

2  Irénée, Contre les Hérésies Liv.3 ch.9,2., nombreuses éd.
3 Maxime de Turin : Homélie sur l’Epiphanie (Homélie 21) PL., 57, pp, 256-270, in : Le Mystère de Noël, Coll. Lettres Chrétiennes, Grasset Ed, 1963, page 229.

4 Grégoire le Grand : Homélie 10 Prononcée devant le peuple dans la basilique de saint Pierre, apôtre, le jour de l’Epiphanie ; texte emprunté au site : www.jesusmarie.com

5 Zohar, III, 8b, 9a, trad Jean de Pauly, Maisonneuve et Larose Ed, tome V, page 24

6 Clément d’Alexandrie : Quel riche peut être sauvé ? PG. 9, pp 603-651, trad. in : Riches et pauvres dans l’Eglise ancienne, Coll. Lettres Chrétiennes, Grasset Ed, 1962, pages 24-55

7  En complément, il sera intéressant, de lire la contribution d’Emile SZLECHTER sur Le prêt dans l’Ancien Testament et dans les codes mésopotamiens d’avant Hammourabi, in Revue d’histoire et e philosophie religieuse, N°1, 1955, pages 16-25

(8) Eusèbe de Césarée : Histoire ecclésiastique, III, 23